generated by sloganizer.net
Affichage des articles dont le libellé est The Rhetoricians. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est The Rhetoricians. Afficher tous les articles

jeudi 19 avril 2007

Les Pros de la rhétorique - Partie II : Broke back mountain

Il n'était pas prévu que je fasse cette partie maintenant, mais Microsoft Word ayant buggé, et ceci ayant foutu en l'air toutes mes révisions, je suis énervée et j'ai besoin de déverser ma colère sur Peter et Bill.
Vous prendrez ces feuilletons comme vous voudrez : soit comme des feuilletons "littéraires" à la Jacques le fataliste, soit comme des feuilletons télévisés à la "Plus belle la vie", ça ne gêne en rien la lecture.

Donc, commençons par le traditionnel résumé de l'épisode précédent :
Peter et Bill sont deux amis d'enfance quelque part sur Terre, et étudiants en... pff, à vous de choisir. Dans l'épisode pilote, le précédent donc, vous avez vu que Billy était le cerveau et que Peter était le crétin : en effet, se promenant tranquillement dans la rue, Peter a eu un élan d'humanisme pour le sort réservé aux animaux d'abattoir. Cependant, cet élan fut vite cassé par l'implacable Billy, qui a profité de ce que Peter portait une leather jacket et savourait un roast beef sandwich pour lui asséner un bel argument ad hominem sous-catégorifié tu quoque dans la tronche. L'épisode s'est fini dans un suspens insoutenable, avec un Peter pétrifié et sans répartie (et avec un sandwich dégoûlinant de sauce sur sa leather jacket), et un Billy stoïque, bien qu'il soit facile d'imaginer son esprit en proie a une joie immodérée, transcendantale, remerciant le ciel de lui avoir donné un écervelé comme ami, sans quoi il n'aurait eu personne sur qui excercer sa domination.
Cependant, c'est moi la scénariste, productrice et metteur en scène, c'est moi l'écrivain aussi (tout dépend de comment vous prenez ces feuilletons je le rappelle). Alors, dans cet épisode, vous allez voir comment le plus ignoble n'est peut-être pas celui qu'on croit.
J'ai voulu le mettre en VO mais à la longue ça m'a soûlée alors voilà la VF :

Peter *se ressaisissant, d'un air diabolique* : - Hinhin, tu veux jouer à ça avec moi, Bill ?
Bill *toujours stoïque, mais secrètement craignant pour sa survie* : - C'était bien évidemment le but recherché. Même si je pensais que tu n'en reviendrais pas.
Peter : - Détrompe-toi. Pff... ma veste en cuir... c'est un cuir de synthèse.
Bill : - Bien sûr, et la marmotte, elle met le steak entre les deux tranches de pain de mie !
Peter : - N'essaie pas de me faire croire que cet argument n'est pas valable. D'ailleurs, ce n'est pas un argument, c'est la vérité. Et aussi longtemps que tu n'auras pas de preuve qu'il s'agit d'un vrai cuir ou non, tu n'auras rien à dire. De nos jours, le synthétique imite très bien le vrai, à tous les niveaux ! Et c'est justement parce que j'aime les vestes en cuir mais que je déteste les méthodes barbares utilisées contre ces pauvres bovins que je ne porte que du cuir de synthèse ! Et pas la peine de me demander de regarder l'étiquette, car il est aussi marqué que c'est du vrai cuir. Mais comme c'est de la contrefaçon visant à réduire cette odieuse cruauté, vaut mieux tout faire pour rendre ça crédible. C'est pas encore légalisé, tu comprends.
Bill : - ...
Peter : - D'ailleurs, concernant la marmotte et le steak... eh bien, il s'agit d'un steak de marmotte. Je me promenais tranquillement dans la montagne, avant que de te rencontrer ici, et il se trouvait qu'une marmotte cherchait à se débarasser du corps de son mari qui la battait. Je me suis alors porté volontaire. C'est pas très bon mais avec la sauce piquante, ça passe mieux. Sinon, je ne mange JAMAIS de viande. Elle était en proie au désespoir et n'a pas contrôlé son acte. C'est excusable, et on ne peut plus revenir en arrière maintenant. Peu importe ce qu'il va lui arriver, s'être débarassé du corps de son mari, c'est déjà ça, je pense donc avoir fait une bonne action !
Tu sais Billy, je trouve vraiment que tu es un sale prétentieux qui ne cherche qu'une faille apparente de son interlocuteur pour se faire valoir. C'est une attitude de faible. Fais gaffe, ça peut te jouer des tours.
Billy : - ...

THE END

Voilà, c'est la fin de cet épisode. Et voilà comment, à l'aide de sa légendaire mauvaise foi (car la veste était bien en vrai cuir et le steak en vrai boeuf), d'un appel au ridicule suivie d'une attaque ad hominem en guise de conclusion, Peter a réussi à s'en sortir. Peter est beaucoup plus bourrin que son ami, mais on ne peut lui reprocher ce manque de subtilité...

Les Pros de la rhétorique - Partie I : Et toi aussi, Pierrot...

Peter : "Based on the arguments I have presented, it is evident that it is morally wrong to use animals for food or clothing."
Bill : "But you are wearing a leather jacket and you have a roast beef sandwich in your hand ! How can you say that using animals for food and clothing is wrong !"

Vous allez dire que je suis jetée, mais voilà un bel exemple de tu quoque trouvé au hasard d'Internet alors que je viens justement d'en utiliser un sur un forum (à cette heure-ci, oui oui), mais je ne vous dirai pas quelles conséquences je vise réellement avec ça... ; bon bref, en fait, celui-ci me fait rire. Je vois bien Peter et Billy tranquillement se promenant dans la rue ; je vois bien le Peter affirmer avec solennité, dégoût et maniérisme qu'il est immoral et inhumain (et raciste aussi pendant qu'on y est ?!) de torturer des animaux pour leur viande ou leur fourrure, et le Billy de le casser en s'indignant qu'il porte pourtant une veste en cuir et qu'il mange du steak à l'instant même (vous remarquerez aussi sans doute le chiasme food/leather jacket - clothing/rost beef. Pur hasard ? Ou effet de style quelconque de la part de Billy, déjà impitoyable, décidant de se la raconter encore plus en nous montrant que oui, c'est bel et bien un pro de la rhétorique ?)... Pierrot, à ce moment là, sent le monde s'écrouler sous ses pieds. Il s'immobilise et regarde Guillaume, les yeux écarquillés et la bouche béante, fort heureusement vide, tel quelqu'un qui vient effectivement de se faire casser et qui n'a plus de répartie (ne vous inquiétez pas : il n'avait rien dans la bouche lorsque Billy l'a cassé, sinon, il aurait pu s'étouffer comme ça, et ç'aurait alors été la fin de ce post, cher(s) lecteur(s) !... Quoi ? Vous ne vouliez tout de même pas laisser Peter mourir sans lui laisser aucun espoir de réplique tout de même !?). En outre, il ne se sent plus presser de sa main droite son roast beef sandwich qui se met alors à dégoûliner de sauce piquante sur sa belle veste en cuir.
Mais il y a bel et bien une question derrière cette tragique scène de la vie quotidienne : il suffit de déterminer qui de Peter ou de Billy est, dans ce cas précis, une peau de vache : est-ce le premier pour son pseudo discours humaniste et moralisant ? Ou bien Billy pour avoir usé d'une méthode hautement fallacieuse ? Ou bien simplement - comme son nom
l'indique -, la veste en cuir, qui, de par de son esthétisme et sa texture raffinés, et aussi parce qu'elle était soldée, a irrémédiablement attiré l'oeil de Peter, l'amenant à se faire casser par son meilleur pote de toujours, Billy ?

À SUIVRE...